Renaud Chambon 

Pour cette première édition, Renaud Chambon, artiste bordelais pratiquant le dessin au fusain, a été invité par l’association afin d’inaugurer le concept FLAC et d‘ouvrir la voie aux futures résidences.

 

Et plof, comme je rêverais l'expo !

 

En entrant dans cet espace, long, étroit et sombre, sur le mur du fond, tout au fond, une image quasi statique entre immobilité et mouvement : une vidéo-animation représentant un bœuf musqué, vacillant. C'est un moment en suspens, un moment isolé, hors du temps. L'attention est portée sur cet instant furtif où l'animal a un léger ballant de la tête, une sorte d'étourdissement, quand pendant le combat, après un choc très violent, tête contre tête, après une course de plusieurs dizaines de mètres deux bêtes rentrent en collision, et répètent cette action jusqu’à épuisement de l’un des deux. Face à la bête qui combat pour son territoire l'animalité est exacerbée. Pourtant, à ce même moment le spectateur est pris à partie, entre la force bestiale et la fragilité de la bête. La tête dodelinante crée le vertige, et si l'on se retourne on pourrait se retrouver nez à nez avec la tête du bœuf musqué. Une sculpture fait jaillir du mur la tête de l'animal, mais la matière contredit immédiatement la robustesse de la bête : en porcelaine très fine à la limite de la transparence. La vulnérabilité est avouée. Entre puissance et fragilité, le choix n'est pas à faire les deux sont contenus intrinsèquement dans la bête. La représentation de cette image animale, dans cet univers minéral qu'offre le musée n'est pas sans rappeler la grotte qui était le lieu où, selon les mots de Bataille, « une telle animalité n'en est pas moins le premier signe pour nous, le signe aveugle, et pourtant sensible de notre présence dans l'univers ».

 

C'est bien de cette présence qu'il est question dans l'exposition de Renaud Chambon. L'homme pris entre ciel et terre cherche peut-être un sens... Bientôt, le dessin charbonné d'un ciel nuageux. Serait-il celui que l'homme des cavernes regarde scrutant un signe, imaginant des formes, inventant des histoires ? En face, un autre dessin, une surface d'eau, reflétant le ciel peut-être. Pris entre ces deux polarités, l'homme est au cœur de mythe fondateur, l'univers prend forme, l'Homme advient.

 

La scénographie devient narration, pour un parcours, celui de l'humanité. Alors près de la porte, alors qu'on s'apprête à quitter les lieux, une autre vidéo-animation fait apparaître par flash successifs un dessin qui s'identifie petit à petit. L'effet est d'abord stroboscopique, mais plus qu'un effet justement c'est la retranscription d'un texte qu'on ne connaît pas, qui raconte une histoire décontextualisée ici, en morse. Le sens se lit donc à rebours dans la perception d'un code qui se met en place. Des signes qui font sens, un langage qui affleure. Sans lire davantage la narration de cette scène, on passe la porte et repense au titre inaugural de l'exposition « Plof » et l'on peut discerner, dans la formule simpliste de l'onomatopée, une voix au seuil du langage, où le son fait sens. L'abstraction est encore lointaine pour se faire si proche. Et c'est avec beaucoup d'humour que l'artiste choisit ce titre pour bégayer et trébucher sur l'avènement de son humanité...

© 2013  L'AIAA